Aller au contenu

La Vie du Psychisme 1

Diel Vandwalle
Diel Vandwalle
Lecture 4 min
La Vie du Psychisme 1
graph : DielV

Au commencement :

Pendant la gestation, aucune séparation entre le fœtus (nourri en direct, 24/24, toujours en symbiose) et le corps de la mère.  S’il ressent les états émotionnels de maman, s’il en éprouve plaisir ou peine ou peur ou tranquillité, son système nerveux en croissance ne peut les attribuer à qui que ce soit, à quoi que ce soit.

La première séparation, le moment de la naissance (moment qui peut prendre des heures) est extrêmement rude pour la plupart des nouveaux nés. Même quand ils sont chaleureusement et intelligemment accompagnés, l’éjection du ventre chaud, l'irruption de l’air dans les poumons, la coupure du cordon nourricier, provoquent un stress énorme.

À la naissance, la totalité psychique est encore presque indifférenciée. Presque : une masse informe que sillonnent au moins trois types de tendances dynamiques :
-Courants porteurs d’attentes propres à l’espèce humaine, relayées depuis des milliers de générations
-Courants porteurs de tendances héréditaires liées aux ancêtres du père et de la mère
-Courants porteurs de potentialités propres à ce psychisme là, à cet humain là.

Ces tendances chercheront à s’exprimer, d’instant en instant, en utilisant tous les supports qu’un psychisme humain peut offrir : rêve, imaginaire, émotion et sentiment, réflexion, volonté, désir de faire son chemin dans ce monde, de s’affirmer, d’entrer en relation, de créer, de comprendre, de donner du sens, d’établir des règles et limites… De s’élever  au-delà du compréhensible…

Au fur et à mesure

que le système nerveux poursuit et affine son développement et que s’intensifient les contacts avec l’extérieur, le sens d’être « Moi je» émerge progressivement de l’ensemble (d’abord sous forme de flashes, ensuite sous forme d’intuitions qui, à force de surgir et de se succéder, deviennent permanentes). Le sens d’être quelqu’un (ce qu’on appelle l’égo dans notre Culture), s’installe donc par accumulation et mixage d’intuitions, surgies de multiples expériences.
Une maman me disait : « Mon dernier, c’est Axel, mon bébé de 10 mois. Très souriant, expressif, facile, mais il a déjà son petit caractère! »

Cette conscience du Moi s’appuie pour longtemps sur de petites sensations-intuitions,  D’une part les brèves prises de conscience de ce qui nous satisfait : de ce qu'on aime manger, des couleurs qui nous plaisent, des visages familiers (surtout quand leur expression nous rassure). Ces micro-prises de conscience, en amenant confort et bien-être, renforcent l’intuition d'être quelqu'un. Également, de la même façon, la répétition des prises de conscience de ce qui nous dérange, déplait, inquiète, effraye, submerge, renforce aussi cette intuition.

Au Début

La “sphère de vie“ du bébé comporte les sensations liées au maternage, allaitement, bercement, voix et odeurs de Mère, et des réactions instinctives quand Mère s’absente : pleurs liés à la faim, à la séparation, à des envies primitives de bercement, de chaleur, de fusion… En quelques mois, la sphère s’étend progressivement aux proches (objets, humains), via les impressions qui se créent à leurs contacts.

L’expérience montre au bébé que ce deuxième cercle est différent, autre que lui, parce que, même si les réflexes d’agrippement sont puissants, il a peu de prise sur les objets et personnes qui s’y trouvent. Et ces prises restent longtemps incertaines. En plus, la Mère commence à devenir «autre» : puisqu’elle n’est pas toujours là quand le petit être a faim, a besoin de son odeur…Les pleurs qui expriment sa demande lui procurent un peu de contrôle, aléatoire, très incertain.

Ce vécu de la séparation, du manque de contrôle, s’accompagne du désir d’aller à la rencontre de l’environnement, car en l’explorant, en le balisant, avec force cris, pleurs et gestes peu synchronisés, on fusionne avec lui, on se l’incorpore, on consolide sa prise. Les repères qui se forment deviennent familiers, autrement dit : rejoignent la famille des impressions connues, (qu’elles soient agréables, neutres ou pénibles). Ces repères, au fur et à mesure qu’on les assimile, intègrent une part du psychisme, cette part en construction qu’on appelle l’égo.

Ainsi, Bébé élargit son environnement en s’appropriant ce qu’il découvre, Ainsi se développent ce désir et ce besoin de croître, intégrés à la croissance des capacités physiques, l’accompagnant étroitement. Bébé entre dans ce monde, en fait son monde, en l’apprenant, en répétant sans relâche les mêmes gestes, les mêmes cris, les mêmes babillages, la même expérience. Cette pratique continue l’amène à un début d’autonomie, qui est un début d’Égo, autrement dit de « Je suis ». Devant la simple sensation d’être, il y a dorénavant un  "Je" en formation.
L'autonomie se renforce à l’acquisition du langage en se faisant introduire/représenter par des pronoms. Le psychisme a les capacités de rapprocher, d’associer, d’intègrer le monde des sensations-intuitions et le monde défini par le langage.
Cet ensemble d’apprentissages, qui précise peu à peu le fait d’être Moi, qui construit un entourage constitué de tout ce qui n’est pas Moi, est entièrement induit et modelé par le psychisme lui-même. Il en a les capacités et les moyens.

Graph : DielV

“Moi Je Mon Ma Mes“, utilisés au quotidien pendant des années, élaborent un centrage.
“Toi Tu Il  Elle Le Les“ permettent de se situer dans un entourage, et simultanément de s’en distinguer.
Le langage incite fortement à se considérer comme un individu parmi d’autres individus. Il y a Moi, et il y a tout ce qui est extérieur à moi, et dans ce tout extérieur : il y a les autres : “Ils+Elles +Eux +Vous“.
L’usage courant de ces pronoms signale aux parents un Égo posé sur des fondations psychiques établies. Restent à construire l’immeuble, à l’aménager, à s’y sentir plus ou moins chez soi…  Ce développement de l’Égo prendra des années, une vie même. On y reviendra dans les prochains cours.


Psychisme